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 D’après le rapport de l’Observatoire des mines, 589 personnes ont été touchées en 2015 en Ukraine par des mines antipersonnel ou des « restes explosifs de guerre ». L’Ukraine rejoint ainsi dix autres nations dans le monde où les mines antipersonnel, interdites depuis 1997, sont encore dispersées : la Corée du Nord, l’Irak, la Syrie, l’Afghanistan, le Pakistan, la Colombie, la Libye, le Yémen, la Tunisie et la Birmanie.

Un bilan meurtrier

Les mines antipersonnel sont des charges explosives placées sous ou sur le sol, conçues et disposées de façon à être déclenchées par les victimes. Elles explosent du fait de la proximité ou du contact d’une personne, qu’il s’agisse d’un soldat ou d’un civil, d’un homme, d’une femme ou d’un enfant. Elles représentent un véritable problème en zone de guerre puisque 78 % des victimes sont des civils. Chez les survivants, les séquelles physiques et psychologiques sont extrêmement lourdes : la plupart des explosions mènent à des amputations, freinant la vie de ces victimes qui ne peuvent souvent plus être autonome physiquement et financièrement.

Le bilan meurtrier des mines concerne aussi les enfants, qui prennent souvent ces armes pour des jouets. Selon l'UNICEF, plus de 150 enfants du Donbass ont été tués ou blessés par des mines antipersonnel et munitions non-explosées. Tout en sachant que «le nombre d’enfants tués et mutilés par les mines et les munitions non explosées serait nettement plus élevé si l’on inclut les zones hors du contrôle gouvernemental [Kiev]» selon une déclaration de Marie-Pierre Poirier, directrice régionale de l'UNICEF pour l’Europe centrale et orientale et la Communauté des États indépendants. Mais la lutte contre les mines antipersonnel est complexe : leurs localisations est quasi impossible, certaines n’étant même pas répertoriées par les groupes armés.

Malgré le traité d’Ottawa, les mines antipersonnel prolifèrent dans l’Est ukrainien

La campagne internationale pour l’interdiction des mines antipersonnel a débuté en 1992, débouchant sur les accords d’Ottawa en 1997. 156 États, dont l’Ukraine, ont accepté d'être liés par la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel, qui interdit l’emploi, le stockage, la production et le transfert des mines antipersonnel, et prévoit leur destruction. Mais depuis le début des affrontements dans le Donbass (Est de l’Ukraine) en avril 2014, Kiev accuse la Russie, Etat non signataire de la Convention, et les séparatistes prorusses de placer des mines antipersonnel dans l’Est de l’Ukraine.

En effet, lors de la 14ème réunion des Etats parties à Genève en 2015, la délégation ukrainienne a déclaré que l’Ukraine était « fortement préoccupée par l'usage de mines antipersonnel par les forces armées russes dans différentes parties du territoire ukrainien », accusant les forces russes d'être à l’origine de champs de mines « aux points d'entrée entre la partie continentale de l'Ukraine et la péninsule de Crimée ». D’après le rapport de l’Observatoire des mines, les groupes armés non étatiques comme les séparatistes ukrainiens, font en effet usage de mines, malgré les accords de Minsk 1 de septembre 2014 entre Kiev et les régions séparatistes, stipulant un arrêt du déploiement des mines et le retrait de celles déjà posées.

Mais si Kiev accuse russes et prorusses, il a également reconnu en février 2016 se servir des mines au mode de fonctionnement télécommandé, ce qui n’est pas interdit par les accords d’Ottawa. En effet, les mines à fragmentation OZM-4 ne pouvant s’autodétruire, elles « sortent [donc] du cadre légal du traité d’Ottawa » selon la délégation ukrainienne et sont stockées dans des dépôts militaires. En mars 2016, le stock de mines antipersonnel de l’Ukraine a ainsi été estimé à plus de 5 millions, un stock que Kiev justifie comme nécessaire aux séances d’entrainement de détection de mines et au déminage.

Qui lutte encore contre ce fléau ?

La lutte contre ces engins explosifs est problématique d’un point de vue géopolitique, car ni les forces rebelles ni la Russie n’ont signé le traité d’Ottawa. Si certaines zones de l’Est contrôlées par le gouvernement ukrainien sont partiellement déminées, les mines continuent ainsi de menacer la sécurité des civils dans des zones grises comme le Donetsk ou le Louhansk. L’Etat ukrainien rechigne à détruire les mines antipersonnel car selon lui, le déminage ne pourra être « entrepris que lorsque les autorités ukrainiennes auront recouvré le contrôle du territoire actuellement occupé par l'agresseur ».

Mais le manque d’implication du gouvernement dans le déminage de l’Est de l’Ukraine s’explique également par des raisons économiques. Matthias Weinreich du Comité international de la Croix-Rouge explique que « le coût moyen de fabrication d’une mine est d’environ 2 dollars » alors que « le prix pour la détecter, la déterrer et la désamorcer est d’environ 1000 dollars ». Kiev agit donc seulement aux endroits où les mines représentent un danger pour la réparation des infrastructures endommagées comme les conduites d’eau, le réseau électrique ou le réseau ferré, le déminage du reste étant trop coûteux.

Comme le gouvernement ukrainien peine à s’investir pour mettre fin à l’utilisation des mines antipersonnel, le moyen le plus efficace pour lutter contre reste encore la prévention des populations locales. L’Union européenne, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OCDE) et les ONG comme la Croix Rouge, Handicap International et l’UNICEF mènent donc des campagnes de sensibilisation et d’information, tandis Kiev signalise auprès des populations locales les champs de mines.

Cette problématique sécuritaire majeure a obligé les populations à adopter des mesures sécuritaires contraignantes. Par exemple, la Croix Rouge a installé des toilettes transportables sur les chemins déminés des zones à risques pour que la population n’ait pas à aller hors des sentiers pour se soulager.

« Faut-il armer l’Ukraine ? »

C’est avec cette problématique que Libération et Le Monde ouvrent le débat en février 2015, devant l’ampleur des pertes civiles et l’inefficacité des sanctions économiques contre la Russie, qui continue de financer et d’armer les forces séparatistes ukrainiennes. Aujourd’hui, les Etats-Unis soutiennent militairement l’Ukraine. Robert Menendez, sénateur démocrate déclarait ainsi en 2014 : «Nous devrions fournir du matériel de défense à l’Ukraine afin que le coût de son agression soit de plus en plus élevé pour Vladimir Poutine».

Mais devant le coût humain et les dégâts provoqués par la prolifération d’armes de destruction comme les mines antipersonnel, cette option n’a jamais été envisagée par l’Europe. Parce qu’elle dénonce le non-respect des traités de régulation de l’utilisation d’armes de guerre, l’Europe continuera d’utiliser les armes pacifiques qu’elle a en main pour apaiser le conflit de l’Est ukrainien, afin d’éviter une escalade dans la violence et une guerre ouverte avec la Russie, dont les civils seraient les premières victimes.

 

 

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