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Le 5 septembre 2017, la Rada -le parlement ukrainien- a voté une loi réformant l’éducation : à partir de 2020, la scolarité se fera en ukrainien.

La scolarité, miroir de la complexité identitaire ukrainienne

En Ukraine, où 17% de la population d’origine russe et 5% est issue d’une minorité ethnique (Hongrie, Roumanie, Pologne, Slovaquie, Grèce, …), il était possible de suivre une scolarité dans la langue de sa minorité depuis la Loi sur les langues de 1989. Sur les 11 années de scolarité, la langue ukrainienne n’était utilisée que pour certaines matières comme la littérature ukrainienne ou l’histoire du pays.

Cet aménagement éducatif, qui concerne aujourd’hui 10% des élèves ukrainiens, a été abrogé par le gouvernement de Kiev début septembre.

A partir de 2020, la scolarité ne pourra être suivie qu’en ukrainien, avec la possibilité de suivre certains cours à partir de la maternelle et du primaire dans une autre langue.

Un gouvernement en quête d’unité nationale

Selon Kiev, cette réforme permettra de favoriser l’intégration des minorités ethniques. En effet, dans les oblasts -régions- comme la Transcarpathie (Sud-Ouest) magyarophone ou dans le Donbass (Ouest) russophone, la langue ukrainienne peine à exister. De fait, de nombreux étudiants ne réussissent pas leurs examens d’ukrainien, les empêchant d’accéder aux études supérieures, et les poussant à émigrer dans les pays dont ils parlent la langue. Mais ce qui fait surtout peur à Kiev, c’est l’existence de mouvements sécessionistes dans les oblasts où l’ukrainien est peu parlé comme dans le Donetsk par exemple (à l’Ouest).

L’enseignement en ukrainien serait donc un moyen pour Kiev de promouvoir l’unité du pays, mais surtout de lutter contre le séparatisme qui menace le pouvoir en place et met en péril la crédibilité de Kiev face à Moscou, et au niveau européen.

Une réforme mal acceptée par les pays voisins

Après l’annonce de la réforme, les ministères des Affaires étrangères hongrois, grec, roumain et bulgare ont dénoncé auprès du Conseil de l’Europe et de l’OSCE -Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe- une « violation du droit des minorités ». En effet, ils défendent le fait que les provinces telles que la Transcarpathie ne peuvent appartenir culturellement à l’Ukraine en raison de la présence d’importantes minorités. La Hongrie radicale de Victor Orban est ainsi partisane d’une théorie du complot, selon laquelle Kiev s’acharnerait contre la Transcarpathie comme il l’a fait avec les provinces russophones. La Roumanie demeure plus modérée, évoquant une amélioration des relations avec l’Ukraine depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement proeuropéen -de Porochenko-, qui serait stoppée par ladite réforme, réduisant « l’accès de la minorité roumaine à la langue roumaine ».

Nouveau blocage dans le processus d’intégration à l’UE ?

Le 27 juin 2014, le président Porochenko a signé un accord d’association avec l’Union Européenne, accord que l’ancien président Ianoukovitch avait refusé de signer en 2013, provoquant la crise de l’Euromaïdan. Cet accord est perçu comme un « étape importante avant de s’engager dans la préparation à l’intégration à l’UE » selon le quotidien Vissoki Zamok. Mais aujourd’hui, la réforme de l’éducation met en péril ce rapprochement avec l’UE.

En effet, 37 députés européens (Bulgarie, Pologne, Slovaquie et Hongrie) ont appelé dans une lettre ouverte l’attention du président sur le fait que la nouvelle loi sur l’éducation viole plusieurs accords internationaux, en particulier l’article 8 de la Charte Européenne des langues régionales ou minoritaires. La Hongrie veut par exemple faire barrage au rapprochement de l’Ukraine avec l’UE en imposant son véto vis-à-vis de toute aide envers l’Ukraine de la part de l’Union Européenne.

Si le premier ministre, Volodymyr Hroïsman, a promis que l’Ukraine attendrait l’accord de la Commission de Venise -Commission européenne pour la démocratie par le droit- avant de la ratifier, le président Porochenko a signé la loi avec comme seul avis extérieur positif celui des Etats-Unis. Kiev semble donc prêt à risquer de bonnes relations avec ses voisins de l’Union Européenne, dans le but de favoriser une identité nationale nécessaire à l’unité du pays et à la lutte contre les menaces séparatistes.

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